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Back La Solution pour le Développement Africain 11 septembre, origine des Crises Mondiales 2008 et 2011 ?

Le 11 septembre est-il à l'origine des Crises Mondiales de 2008 et 2011 ?

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L’Amérique vient de célébrer le 10ème anniversaire du « 11 Septembre ». Cette commémoration a été faite dans la sobriété, car les américains, ainsi que le reste du monde, sont plus préoccupés par la grande crise qui les frappe actuellement que par le souvenir de ce douloureux événement.
En effet, en faisant tomber les 2 tours du World Trade Center de New-York, les terroristes ont involontairement et indirectement fait tomber tout l’édifice de l’économie mondiale. Ainsi, on peut dire que le « 11 Septembre » est indirectement à l’origine des crises de 2008 et de 2011, les plus graves crises depuis la grande « crise mondiale de 1929 ».

Nous allons demander à Monsieur THIERRY TAN - promoteur de la « Nouvelle Vision » pour le développement de l’Afrique - de nous expliquer les causes de ce Krach économico-financier et ensuite nous dire si cette crise aura un impact sur notre économie?

Thierry TAN : A chaque siècle correspond une grande crise mondiale. Au 20ème Siècle, c'était la « Grande Crise de 1929 » et au 21ème siècle, c'est celles-ci. En effet, cette fois-ci, ce n'est pas une petite crise qui touche tel ou tel pays, puis qui s'arrête. C'est une crise qui a commencé par frapper l'Amérique, puis s'est propagée en Europe et dans lemonde. C'est pourquoi on parle de "crise mondiale". Dans ces conditions, il serait bon de savoir quelle est l'origine de cette crise ; ensuite, et c'est le plus important, quel serait l'impact de cette crise sur nos économies.

Je ne suis pas un historien, mais pour bien comprendre cette crise qui frappe le monde entier, il serait intéressant de connaître son origine. Sans vouloir remonter au 19e siècle, je vais quand même prendre deux dates importantes;

La première date, c'est 1971 avec l'abandon de la parité or-dollar.
Avant 1971, L'économie américaine se résumait à faire fonctionner les planches à billets en fonction de la quantité d'or que l'Amérique possédait ;
C’est-à-dire les stocks d'or que les Américains avaient entreposés à Fort Knox. Pour telle quantité d'or, ils mettaient en circulation une masse monétaire équivalente. Puis en 1971, Le Président NIXON a décidé de détacher les deux entités, parce qu'il a été constaté que l'économie se développe beaucoup plus vite que la production d'or. On a donc abandonné cette norme, cette parité or-dollar. Dès lors, vu qu'il n'y avait plus d'étalon (or) pour réguler la masse monétaire, on a fait fonctionner de façon libre et effrénée les planches à billets.

On assiste alors à une Hyper-Inflation !

A celte époque, M.Paul VOLCKER, président de la Fed (diminutif de "Federal Reserve Board"), la banque centrale américaine, Et M. Paul VOLCKER a dit ceci: «on ne doit pas avoir une telle inflation, parce que cela crée de nombreux ennuis aux Américains, avec notamment la stagnation économique. » Il a donc pris des mesures extrêmement importantes et impopulaires : renchérissement des crédits, diminution de la masse monétaire, augmentation des taux d'intérêts qui est monté jusqu'à 13% voire 14%, etc. C'était des mesures drastiques, mais nécessaires pour juguler la stagflation (combinaison de l'inflation et de la stagnation économique= stagflation) qui frappait l'économie américaine à l’époque !

2è date importante : le 11 septembre 2001 avec les attentats du World Trade Center à New-York. Les américains, et même le monde, ont été choqués par le fait que des terroristes aient osé bombarder les États-Unis, sur leur propre territoire. Et détruire ainsi les deux gratte-ciels qui représentaient le symbole même de la puissance financière américaine. Cela a créé un énorme choc. Et le président George Bush a estimé, dans ces conditions, qu'il fallait redonner confiance aux Américains.
D'abord, sur le plan militaire, en attaquant l'Afghanistan puis l'Irak, pour montrer que l'Amérique est toujours puissante,
Et ensuite, sur le plan économique, en faisant ce qu'on appelle la "dérégulation", c'est-à-dire qu'on va tout déréglementer.

En clair, M. Alan Greenpan, le nouveau président de la FED, va faire exactement le contraire de ce qu'avait fait Paul Volcker, son prédécesseur. Au lieu de laisser les taux d'intérêts élevés, M. Alan Greenpan va baisser les taux d'intérêts. Au lieu des restrictions monétaires, il va libérer de nouveau les crédits.
Cela veut dire que, d'une part, on va avoir des taux d'intérêts de plus en plus bas et d'autre part, on va augmenter les crédits.

Comment trouver tout cet argent ?

En allant s'endetter auprès des pays asiatiques « nouveaux riches » et notamment la Chine et le Japon. Savez-vous que ces pays détiennent à eux deux, 2.000 Milliards $ des Bons du Trésor américains et que la ville Hong-Kong détient, à elle-seule, 139 Milliards $ de Bons du Trésor US, soit l’équivalent de 40 fois le Budget national Ivoirien? C'est-à-dire qu'ils sont les principaux créanciers des Etats-Unis et si un jour ils veulent « embêter » l'Amérique, il leur suffit d'aller réclamer le remboursement immédiat de leurs créances ; et les Etats-Unis seraient très embêtés, car ils n'auraient pas les moyens de les rembourser. Ceci n'est qu'une hypothèse d'école, car ni la Chine ni le Japon n'ont intérêt à le faire, parce que l'Amérique est un partenaire financier et commercial important pour eux. On ne tue pas la « poule aux œufs d'or »

Bref, ce qui caractérise l'Amérique entre 2002 à 2007, c'est :

  • La relance de l'économie par la consommation, grâce aux taux d'intérêt très bas et aux crédits très abondants.
  • Une politique de délocalisation des usines pour avoir les produits les moins chers, car disent-ils : « Pourquoi fabriquer nos produits aux Etats-Unis, cela revient trop cher. On préfère faire fabriquer en Chine, c'est beaucoup moins cher là-bas »

Ainsi, les américains sont poussés à la consommation (ils achètent n'importe quoi, l'essentiel, c'est consommer, c’est acheter une nouvelle caméra, un nouveau téléviseur, ordinateur, climatiseur, frigidaire).Le seul problème, c’est que les usines de fabrication se trouvent en Chine. Ainsi, plus les américains achètent, plus les chinois sont riches. Et pour que les américains continuent à acheter, les chinois et les japonais leur prêtent de l’argent.

C’est l’histoire de la « Cigale et de la Fourmi » du 21ème siècle. Sauf que, dans le cas d’espèce, la fourmi n’a pas laissé tomber la cigale, elle lui prête de l’argent pour que la cigale continue de chanter….

Q : Alors, M. Thierry TAN, face à toutes ces contraintes, que vont faire les Américains pour gagner de l'argent ?

"SPECULATION"

Thierry TAN : Ils font ce qu'ils savent faire mieux que quiconque : c’est SPECULER.
Ils vont donc spéculer en bourse, dans l’immobilier, mais aussi sur les matières premières tels que le pétrole, les métaux précieux, le café, le cacao, etc.
En un mot, ils vont spéculer sur tout. Ils vont même jouer sur du papier, "the future", tels que les contrats à terme. Ainsi, même avec peu d'argent, ils peuvent jouer sur des montants très élevés; et ils vont être aidés en cela par les banques et les "golden boys" que sont les "traders". A ceux-là, les banquiers disent : « si tu fais gagner de l'argent à ta banque, tu auras ta prime ». Cette prime s'élève parfois à plusieurs millions de dollars par "trader". Ainsi galvanisés, ces "golden boys = traders" vont tout faire pour que les gens achètent n'importe quoi. Mieux, on leur accorde également des crédits pour acheter.
Ainsi, plus les gens achètent, plus ils obtiennent des crédits et plus les "traders" gagnent de l'argent. S'ouvre alors une course aux primes où les "traders" vont pousser la spéculation à l'extrême.

Et c'est là qu'interviennent ce qu'on appelle les "subprimes".

C'est-à-dire qu'on va aller voir les ménages américains qui ne gagnent pas suffisamment d'argent et on va leur faire des crédits qui vont être basés non pas sur les revenus qu'ils gagnent, mais sur la valeur estimée de leurs biens. Je m'explique : voilà une maison ; on va leur dire : « achetez cette maison et remboursez 2.000 dollars par mois ». Or ce ménage ne gagne pas 2000 dollars par mois. Alors on lui dit : « ce n'est pas grave. Si vous ne pouvez pas rembourser, on va vous accorder d'autres crédits pour rembourser votre prêt, parce que votre maison va valoir plus cher dans 6 mois, et encore plus dans 1 an, et encore plus dans 2 ans. » En effet, la banque pense qu'au pire des cas, elle fera saisir et vendre la maison. Et comme dans 1 an cette maison vaudra plus cher, il n'y aura donc aucun risque. Comme tout le monde spéculait à la hausse, les prix des logements et des actions en bourse ont effectivement beaucoup augmenté pendant quelques années. Ainsi, pendant cette période, on a des sociétés de placement ou des banques qui gagnent 20 à 30% par an, alors que l'économie américaine n'a qu'une croissance de 4 à 5%.

Vous voyez, d'un côté on a 20 à 30% de croissance et de l'autre 4 à 5% seulement. Cette distorsion spéculative ne peut fonctionner que pendant trois ou cinq années. Mais cela ne peut pas durer longtemps. Il arrive donc un moment où la bulle va éclater. Comme la bulle Internet par exemple qui a éclaté en 2001.

Dans le cas d'espèce, c'est la bulle spéculative immobilière qui a éclaté en 2008.

Ainsi, dès que la confiance baisse, dès que les gens veulent retirer leur argent, ces sociétés qui ont dans leurs actifs des biens immobiliers ou des actions qui valaient de très grosses sommes du temps où tout le monde spéculait à la hausse, Eh bien, toutes ces valeurs dégringolent. Leurs actifs ne valent plus rien et dans ce cas-là, ces sociétés et ces banques se retrouvent en faillite. C'est ainsi que la grande banque Lehman Brothers est tombée en faillite le 15 septembre 2008, suivie par 40 autres banques américaines

Q : M. Thierry TAN, On avait beaucoup parlé de subprime qui serait la cause de la crise immobilière. Mais, qu’est-ce qu’un Subprime ?

Thierry TAN : Le "subprime" est un crédit qu'on qualifie de crédit "toxique", parce qu'il est accordé à personnes qui ne peuvent pas rembourser normalement, en raison de leurs revenus trop faibles. Cependant, si les organismes financiers accordent aussi facilement ces "subprimes", c'est parce que ce crédit est accordé avec un taux d'intérêt plus élevé, donc les banques ou organismes de crédit gagnent plus avec ces "subprimes" qu’avec un crédit classique.

Q : Accorder des crédits à des personnes ayant des revenus trop faibles pour rembourser, constitue un risque. Comment ces organismes financiers ont-ils appréhendé ce risque ?

"titrisation"

Thierry TAN : Effectivement, il y a un risque. Et ce risque, comment le gère-t-on ? On fait ce qu'on appelle la "titrisation".

Cela veut dire quoi ?

Cela veut dire qu'on va mélanger ces crédits "toxiques" que sont les "subprimes" avec d'autres crédits qui sont convenables et même bons.
On fait un mélange et on place ce package sur le marché financier. Il y a des gens qui achètent cela, parce que cela rapporte beaucoup plus que ce qu'ils achètent habituellement. Mieux, ces banques, qui vendent ces packages, sont notées par ce qu'on appelle les "Agences de Notation", tels que Standard and Poors, Moody's ou Fitch. Et comme ces banques sont notées "3A" ("Triple A", en Anglais), c'est-à-dire la note maximale, cela veut dire qu'elles offrent apparemment une garantie totale. Dans ces conditions, on achète sans retenue ni arrière-pensée, car on fait confiance à ces Agences de Notation. En outre, le plus grand groupe d'assurances mondiale - AIG (American Insurance Group) - intervient également pour leur accorder des garanties. Ainsi, outre les bonnes notes que leur décernent les Agences de Notation (Standard and Poors et Moody's), ces banques américaines se sont entourées de toutes sortes de garanties et d'assurances.

De ce fait, ces banques américaines peuvent refiler ces « packages toxiques »   aux banques européennes ou asiatiques qui les achètent en pensant qu'il n'y a aucun risque et que cela rapporte plus que leurs opérations habituelles. En fin de compte, tout le monde achète et se refile ces « crédits  toxiques ». Mais dès que le premier problème apparaît, c'est la panique. Parce qu'on ne sait plus si les packages contiennent ou non des crédits "toxiques", puisqu'ils ont été « titrisés ». Résultat, c'est la panique générale. Et les sociétés auxquelles on demande de rembourser ne le peuvent pas.Étant donné que leurs actifs qui valaient très chers, se retrouvent sans valeur. Et comme elles ne peuvent pas rembourser, on les met en faillite. C'est ce qui s'est passé pour la banque américaine Lehman Brothers et les 40 autres banques américaines. La Citi Bank Group et l'AIG n'ont échappé à la faillite que grâce aux centaines de milliards US Dollars injectés par l'Etat US pour les sauver. Et cette panique s'est propagée.

Les banques ne se font plus confiance ; Même aux banques à qui elles avaient l'habitude de prêter, elles ne le font plus. C'est le « Credit Crunch"

Q : M. Thierry TAN, Vous venez de nous expliquer comment on est passé de la crise immobilière, avec les subprimes, à la crise financière. Maintenant, pourriez-vous nous expliquer comment cette crise financière a évolué vers la « crise économique mondiale » en 2008-2009?

Thierry TAN : C'est encore et toujours le problème de la confiance. Comme on n'a plus confiance, on ne prête plus, non seulement aux banques mais aussi aux entreprises. C'est le « Credit Crunch ». Et comme ces Entreprises n'ont plus de crédits et de trésorerie, elles sont obligées de fermer ou de ralentir leurs activités.

Ainsi, durant le mois de février 2009, les trois plus grands constructeurs américains d'automobiles (General Motors, Ford et Chrysler) ont vu leurs ventes baisser de 50%, car les gens n'ont plus d'argent ni de crédit nécessaires pour acheter des voitures ! C’est ainsi que la crise financière en 2008 s'est transformée en crise économique en 2009. En effet, on assiste à une véritable récession. C'est-à-dire une croissance négative (-6% pour les Etats-Unis et -1% à — 3% pour l'Europe en février 2009). C'est la panique générale, c'est la plus grave crise depuis 1929.Tout ceci confirme bien que le « 11 septembre » est indirectement à l'origine des crises mondiales actuelles.

"George Bush a choisi d'augmenter les dettes de l'État américain"

En effet,  sans le 11 septembre, le président George Bush n'aurait pas de prétexte pour faire la guerre en Afghanistan et en Irak. Or, ces guerres ont déjà coûté à l'Amérique plus de 3000 milliards de dollars en 2008. Et pour financer ses énormes dépenses militaires, le gouvernement américain pouvait le faire, soit par une augmentation des impôts, soit par une augmentation des dettes. George Bush . La Dette américaine a donc été multipliée par 3 en 11 ans !

Deuxièmement, sans le 11 septembre, George Bush n'aurait pas lancé son plan de relance par la consommation, grâce à l'abondance des crédits bon marché, donnant ainsi l'illusion aux Américains qu’ils sont de plus en plus riches et qu'ils peuvent dépenser sans compter, il leur suffit de s’endetter. Malheureusement, comme toute illusion, elle disparaît très vite sans crier gare.

On assiste alors, dès 2009, à la récession et  à la crise économique qui frappe d'abord les États-Unis, avant de se propager en Europe, puis dans le monde, sous l'effet de la mondialisation. La Crise Mondiale est donc bien parti du « 11 septembre » !

 Q : Pourquoi, après un petit redressement en 2010, nous assistons à une autre crise en 2011 ? Comment expliquer cette nouvelle crise de 2011?  

"Quantitative Easing 1, Quantitative Easing 2 et maintenant le Quantitative Easing 3"

Thierry TAN : Pour sortir de cette crise financière de 2008 qui s’est transformée en crise économique de 2009, la FED (Banque Centrale Américaine) a pratiqué la politique de l'assouplissement monétaire ou quantitative easing : le QE1 qui consistait à racheter des créances pourries (les subprimes) aux banques, pour leur apporter de l’oxygène, çàd des liquidités. En fait, le QE1 a été un échec. Certes, les banques ont été sauvées, mais la consommation n'a pas repris.  En effet, l'argent injecté par la Fed a surtout servi à alimenter la spéculation et le boom des marchés actions depuis début 2009. Le chômage s'est installé durablement autour des 10% avec pour conséquence une frilosité pour la consommation.

Alors que faire ?

M. Ben Bernanke, le nouveau Président de la Fed va de nouveau injecter dans l'économie - par le biais du « Quantitative Easing 2» ou QE2 - 600 milliards de dollars supplémentaires. Nous vivons donc dans le règne de l'excès de crédit. « On vit à Crédit » aux Etats-Unis.
D’abord au niveau des ménages et des Banques. Et maintenant, au niveau des Etats qui se retrouvent avec des « Dettes Souveraines » abyssales, qui représentent quasiment 100% de leurs PIB (Produits Intérieurs Bruts).Ainsi, la Dette des Etats-Unis est passée de 5.500 Milliards $ en 2000, à 15.000 Milliards $ en 2011, soit 3 fois plus de Dette en 11 ans !

De ce fait, l’Agence de Notation Standard & Poor’s a dégradé en mai 2011 la Note américaine de Triple A à Double A. Ce qui veut dire que les américains doivent maintenant payer plus cher les intérêts de leur dette. Ils se retrouvent donc dans une position très difficile, avec un chômage endémique de 10%, un dollar affaibli, une inflation rampante et une récession

On entre dès lors dans le « Cercle Vicieux » : la récession va engendrer encore plus de Chômage, donc moins de salaires, donc moins de consommations, moins d’achats, donc moins d’affaires pour les entreprises et les banques. Et pour l’Etat, moins de recettes fiscales, donc plus de difficultés pour rembourser les « Dettes Souveraines ». Et pour pouvoir rembourser ses dettes, l’Etat est obligé d’augmenter les impôts et Taxes qui étranglent les entreprises et les ménages…D’où nouvelle récession. D’où nouvelle politique d’Austérité, d’où nouvelle crise en 2011. Tout cela créé un climat de méfiance qui provoque la panique généralisée sur toutes les places financières.

Ainsi, entre le 22 juillet 2011 et le 12 septembre 2011, les places boursières ont perdu presque 25%, soit une perte de 7.500 milliards $ en 1 mois et demi, soit l’équivalent du PIB de l’Allemagne et de la France réunis, perdus en 45 jours ! Dans ce contexte, toute l'Europe, avec en tête Angéla Merkel et Sarkozy, cherche à sauver l’Euro, en tentant de sauver la Grèce de la faillite ou de défaut de paiement en parlant d'un État. En effet si la Grèce tombe, les spéculateurs vont attaquer les autres pays européens qu'on surnomme les PIIGS, c'est-à-dire le Portugal, l'Irlande, l’Italie, la Grèce et l'Espagne.
Si tous ces pays tombent, les banques européennes tombent car elles ont beaucoup prêté à tous ces pays PIIGS, Et si l’Euro tombe, c’est  l'union européenne qui va disparaitre.
C’est donc la panique générale.

Encore une fois, les cigales occidentales se tournent vers les fourmis asiatiques pour qu’elles les sauvent du désastre économique.C'est vraiment le monde à l'envers. On assiste à un basculement de la puissance économique et financière qui se trouve maintenant en Asie et non plus en Occident.Ceci étant, la Crise de la Dette ou  de surendettement de l'Occident peut faire craindre une explosion de l'Euro et la faillite des banques.
Pour éviter cela, les banques Européennes sont appelées à renforcer leur capital, c'est-à-dire mettre en réserve de leurs  fonds propres, 7 % du montant des prêts qu'elles accordent à leurs clients, au lieu des 2 % actuellement. C'est-à-dire multiplier par 3,5 les réserves bancaires actuelles. Ce sont les règles bancaires appelées « Bâle 3 », du nom d'une ville suisse. Les banques vont donc restreindre leurs Crédits. C’est ce qu’on appelle le « Credit Crunch » qui étrangle les entreprises et les ménages d’où crise.

Quelles sont donc les conséquences pour nous, pays africains ?

Comme on sait que l'Europe et l'Amérique sont en train de se noyer avec leurs dettes, il serait illusoire pour un Pays africain d'aller leur demander des crédits. En effet, on ne demande pas à quelqu'un qui se noie de vous aider. Celui qui se noie cherche d'abord à sauver sa peau.

En outre, il faut savoir ceci. Quand l'Afrique reçoit un franc, sous forme d'aide ou de crédit, l'Afrique est obligée de décaisser cinq francs, sous forme de remboursement de sa dette.

Pour ces raisons, il faut que l'Afrique repense sa politique actuelle qui consiste à toujours demander de l'aide ou des crédits, au lieu de vouloir valoriser ses propres matières premières. Et de créer ainsi ses propres richesses et des millions d’emplois pour les africains.
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Q : M. Thierry TAN , Votre analyse est claire et très compréhensible, même par des non-économistes, c'est pourquoi nous souhaiterions savoir si on n'aurait pas pu prévoir ces crises ?

Thierry TAN : Bien sûr qu’on aurait pu prévoir ces crises.
En effet, il y a bien longtemps que j'ai dit, dans mes précédentes interviews, que tant que les économies occidentales s’appuient sur l’économie spéculative, elles subiront des crises multiples, allant de la crise de subprimes en 2008, à la crise de la Dette souveraine des Etats en 2011.
C’est pourquoi je suis pour l'économie réelle. C'est grâce à  cette économie réelle que les pays Asiatiques, notamment la Chine et les pays émergents, vont sortir plus vite que les autres de cette crise. En effet, la Chine moderne s'est construite à partir de l'industrialisation, en se fondant sur le principe qu'on doit bâtir une économie sur du réel, financée par l’épargne et non par des Crédits ou des Prêts. On ne doit pas dépenser plus que ce qu’on gagne. C'est ce que les pays occidentaux ont tendance à oublier. Ils pensent qu'ils peuvent vivre éternellement à crédit, c'est-à-dire en s'endettant.

Or, il arrive toujours un moment où il faut rembourser sa dette. Et pour rembourser leurs dettes souveraines, les États occidentaux sont obligés d'augmenter les impôts, de diminuer les salaires et même de licencier du personnel. Bref, d’appliquer une politique d’austérité très sévère. Tout cela provoque la crise.

Quelle leçon pouvons-nous en tirer ?

La leçon, c'est que si les pays riches occidentaux ne peuvent pas vivre éternellement à crédit, il ne faut pas croire que les pays pauvres africains peuvent se permettre de vivre éternellement à crédit. Et de croire que, par un coup de baguette magique, les bailleurs de fonds vont effacer toutes nos dettes, si nous parvenions à atteindre le « point d’achèvement du PPTE » ! C’est faux, on ne va effacer qu’une petite partie (23%) de nos dettes, celles qui sont déjà irrécouvrables ! Dans ce cas, il faut modifier notre comportement. Il ne faut plus vivre à crédit et nous faire exploiter. Il faut donc que nous créerons par nous-mêmes nos richesses par la valorisation industrielle de nos produits. Ainsi, avec le seul Attiéké, nous pouvons gagner 20 000 milliards par an. En outre, le manioc n'est pas le seul produit que nous avons. Nous avons 1000 autres produits que nous pouvons transformer. Si nous faisons cela, c'est nous qui allons bientôt prêter aux pays occidentaux, comme font les pays asiatiques actuellement.

Q : M. Thierry TAN , La "Nouvelle Vision" que vous avez préconisée depuis longtemps, n'est-elle pas justement basée sur l'économie réelle ?

Thierry TAN : C'est exact, nous avons en effet des matières premières qui sont réelles ; café réel, cacao réel, manioc réel…
Ensuite, nous les transformons dans des industries réelles, et une fois transformés en produits finis réels, nous les vendons sur des marchés réels de plusieurs milliards de consommateurs, dont la Chine qui fait à elle seule 1,3 milliards. C'est cela l'économie réelle : vous achetez vos matières premières à 2000 francs, vous les transformez en produits finis, puis vous les revendez à 20.000 francs. Vous avez réellement gagné 20.000 - 2.000 =  18.000 francs
C’est votre valeur ajoutée. C’est votre gain.Avec les industries, on ne  spécule pas ! Ce sont des gains réels et tangibles.

Par contre, on spécule sur les matières premières : le pétrole, le café, le cacao, Prenons par exemple le pétrole. Le 11 juillet 2008, il valait 147 dollars le baril, en 2009, il ne valait plus que 46 dollar le baril. En quelques mois seulement, on a perdu plus de 100 dollars sur le baril ; plus des 2/3 de sa valeur ont disparu en quelques mois ! On spécule donc sur toutes les matières premières. Mais une fois transformés en produits finis (le chocolat pour le cacao et le café soluble pour le café), ils ne sont plus « spéculés »; mieux, leurs prix n'arrêtent pas d'augmenter.

Avez-vous vu une seule fois le chocolat ou le café soluble baisser de prix ? Jamais, Il n'y en a pas!

Par contre les fèves et les grains restent perpétuellement exposés aux variations des cours. C'est pour dire que Quand on reste dans les matières premières, on est dans l'économie spéculative. Pis, ce sont des gens de l'extérieur qui spéculent sur nos produits de base. Ainsi, lorsque ces matières rapportent de l'argent, ce sont eux qui empochent les plus-values, mais quand elles en perdent, c'est nous qui subissons ces pertes, parce que ce sont eux qui fixent nos rémunérations en fixant les cours de nos matières premières, à leur gré.

Pour mieux illustrer mes propos, je vous donne l'exemple d'un boutiquier qui permet à ses clients de fixer les prix et de payer à la caisse ce qu'ils veulent. Dans ces conditions, notre boutiquier fera faillite au bout d'une semaine. Or, c'est ce que les pays africains font depuis leur indépendance, il y a 51 ans. C'est pourquoi ils sont maintenant des PPTE, « Pays Pauvres Très Endettés ». Alors devons-nous demeurer dans l'économie spéculative avec l’exportation de nos matières premières dont nous n'avons retiré aucun profit jusqu’à présent ou devons-nous aller tout de suite à l'économie réelle en passant par la transformation de ces matières premières qui permet d'engranger un maximum de plus-values ?

La réponse découle du bon sens.

Voici les raisons pour lesquelles j'ai toujours été contre l'économie spéculative et à 100% pour l'économie réelle.

Et pour confirmer les avantages de l’économie réelle préconisée par la « Nouvelle Vision », je vous donne comme exemple Singapour. Le revenu par habitant à Singapour était de 400 $ il y a 40 ans, ce revenu est passé à 40.000 $ il y a 2 ans et maintenant, le revenu par habitant à Singapour est de 57.500$, soit 2 fois plus que celui de l’européen ! Il en est de même pour le citoyen de Hong-Kong qui a le même revenu que l’américain, soit 45.000$.
Et dire que ces pays sont minuscules et ils n’ont aucune ressource naturelle. Ils n’ont que leur Travail et une Vision claire pour valoriser leur économie.
Alors, pourquoi ne pas les imiter, nous qui avons toutes les ressources et même beaucoup de bras valides, à cause du fort taux de chômage chez nous.
Le problème, c’est que nous refusons la « Nouvelle Vision » ! Et nous voyons les résultats : la Côte d’Ivoire, naguère prospère, est actuellement classée dans « les 10 pires économies du Monde » par la fameuse revue économique américaine Forbes, en se basant sur les études du FMI et de la Banque Mondiale.

 

Q : En admettant que votre « Nouvelle Vision » est adoptée maintenant, nous voudrions savoir si, dans le contexte de la panique générale et de la perte subie par les places boursières, la Crise Mondiale n’aurait pas un impact négatif sur la « Nouvelle Vision » que vous préconisez. En d’autres termes, est-ce que cette Crise Mondiale ne va pas freiner la réalisation de cette « Nouvelle Vision » en Côte d’Ivoire et en Afrique en général ?

Thierry TAN : Si nous savons comment s’y prendre, l’impact de cette Crise sera positif pour nous.
En effet, ayant récemment perdu en Bourse 7.500 Milliards $ en 45 jours, les détenteurs de fonds ne veulent plus investir massivement en Occident qui présente trop de risques. Ils cherchent donc des endroits plus sûrs qui leur assurent une bonne rentabilité et une bonne perspective d’avenir.
Pour les différentes raisons que j’ai exposées (ressources naturelles importantes, terres fertiles, absence de catastrophes naturelles), la Côte d’Ivoire est l’endroit rêvé! Oui, je confirme que la Côte d’Ivoire est l’endroit rêvé, mais à condition qu’elle adopte la « Nouvelle Vision » dont les grandes lignes sont largement expliquées dans mes précédentes interviews:

  • Transformation Industrielle de nos matières premières (ça c’est l’économie réelle) ;
  • Une Réglementation très libérale, car trop de réglementation entraîne automatiquement trop de corruption. Or aucun investisseur ne voudrait s’installer dans un pays corrompu.
  • Pas ou peu d'impôts et taxes. Car « trop d'impôts tuent l'impôt ». En effet, contrairement à ce qu'on croit, les pays qui ont le moins d'impôts sont les pays où l'État gagne le plus d'argent, c'est-à-dire que les recettes budgétaires de l'État sont largement excédentaires.

Je prends comme exemples Dubaï ou Hong Kong qui sont des pays« Duty-free » c'est-à-dire sans taxes (ou très peu).
Concernant Hong Kong, les recettes budgétaires de Hong-Kong s'élèvent à 377 milliards de dollars Hong Kong en 2010, soit environ 20 fois le budget national ivoirien. Et dire que Hong-Kong n'a que 1000 km², comparés aux 322 000 kilomètres carrés de la Côte d'Ivoire. Mieux, si l'État de Hong-Kong est très riche, le citoyen de Hong-Kong est également très riche, puisque le revenu par habitant de Hong-Kong est de même que celui de l'américain, soit 45 000 $ US par an, soit 10.000 $ de plus que celui de l’Allemand ou du français.

  • Avec ce nouvel environnement fiscal et règlementaire très favorable aux affaires, la Nouvelle Côte d’Ivoire deviendra un « HUB Commercial » vers lequel toute l’Afrique viendra s’approvisionner, car le « Shopping » deviendra très intéressant, avec des produits par chers, car Détaxés. Tout comme à Dubaï ou Hong-Kong.
  • Dans ces conditions, les Investisseurs et les Touristes vont donc affluer en Côte d’Ivoire, créant ainsi des usines, des richesses, des autoroutes, des écoles, des hôpitaux et des millions d’emplois pour les ivoiriens.
  • Dans ces conditions également, la sécurité sera assurée. En effet, « Il n’y a pas de guerre, là où il y a la Prospérité ! »

Il est donc certain qu’avec de tels atouts, la Nouvelle Côte d’Ivoire va attirer une partie des «fonds souverains» (çàd des fonds appartenant à des Etats riches) qui sont évalués à 12.000 Milliards $. Et ces «fonds souverains» recherchent de tels endroits, comme la Nouvelle Côte d’Ivoire, pour y investir.
Même en supposant que la Côte d'Ivoire n'arrive à attirer que 1 % de ces« Fonds Souverains », cela représente quand même 120 milliards de dollars, soit 30 fois le budget national ivoirien. En outre, ce ne sont pas des Prêts mais les investissements. Ce qui signifie qu’on n’a pas des intérêts à payer.

C'est un point très important, quand on sait que le « service de la dette », çàd le paiement des intérêts de la dette, représente déjà 43 % du budget national ivoirien en 2011, soit deux fois les salaires des fonctionnaires y compris les corps habillés.

Faut-il encore augmenter nos dettes et par voie de conséquence, augmenter notre « Service de la Dette » au point d’arriver à 100% de notre budget national !
La réponse, c’est non. Au lieu des Dettes, il vaut mieux attirer les investisseurs avec la « Nouvelle Vision », car avec les investissements, il n’y aura pas de remboursement, ni des intérêts à payer. Ce sera donc tout bénéfice pour la Côte d’Ivoire.

Et troisième chose qui renforce ma conviction concernant la « Nouvelle Vision » visant à transformer nos produits agricoles, c'est que même s'il y a la crise économique mondiale, les gens ont toujours  besoin de manger. Ils peuvent arrêter d'acheter des voitures, des réfrigérateurs, des téléviseurs, etc. Mais, ils ne peuvent pas arrêter de manger.

Or, qu'ai-je préconisé dans la "Nouvelle Vision" ?

C'est la transformation de nos matières premières en produits alimentaires (attiéké, par exemple). Et l’agroalimentaire traverse toutes les crises, parce que les gens ont perpétuellement besoin de manger.

Et l’agroalimentaire traverse toutes les crises, parce que les gens ont perpétuellement besoin de manger. Si nous appliquons la « Nouvelle Vision », au lieu de la combattre, l’économie ivoirienne en tirera un grand profit. Mieux, la Crise mondiale actuelle, qui devrait la frapper très durement, se transformera en une grande « Bénédiction » pour notre pays !

Pour terminer, je souhaiterais que les autres pays africains tirent également profit de l’application de la « Nouvelle Vision » par de la Côte d’Ivoire - et donc de sa réussite économique - pour l’imiter et pour bâtir ensemble une vraie « Union Africaine » qui reposera sur des vrais liens socio-économiques, et non sur des déclarations politiques qui s’envolent une fois prononcées !