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L’Opacité de la gestion du cacao ivoirien

Rapport Production

Entretien d'André Soumah avec D. FLAUX .
 «L’Etat ivoirien va se heurter aux intérêts de ceux qui préfèrent l’opacité...» révèle André Soumah. Jusqu’en 2009, ACE (Audit Control and Expertise Global) assurait le contrôle des productions de cacao ivoirien, produisait des statistiques réputées fiables et exploitables et assurait ainsi une certaine transparence dans la filière. Une transparence que le régime Gbagbo s’était employé à faire disparaitre.

André Soumah, le président d’ACE, nous livre son point de vue.

Les Afriques : à quelles résistances le pouvoir va-t-il se heurter s’il veut réguler ? Quelle sera l’étape la plus difficile ?

André Soumah : la mission de l’Etat consistera à réguler, à contrôler et à développer les outils de gestion qui lui permettront d’atteindre les objectifs fixés. Si l’on ne peut pas contrôler le marché international, on peut en revanche contrôler le marché intérieur, motiver les planteurs, sécuriser les prix et concevoir un système où les revenus de l’Etat reviennent effectivement à l’Etat et non pas à des structures extérieures…


« Et l’Etat, lui, ne contrôle plus rien. Il a même délégué les opérations de prélèvement des taxes aux transitaires, qui reversent ensuite au Trésor. A ce stade, autant leur donner le Ministère des finances et les plantations ! »


Malheureusement, l’Etat va se heurter aux intérêts de ceux qui préfèrent l’opacité… En effet, aujourd’hui, à l’export, le poids et la qualité du produit sont déterminés et payés à l’arrivée dans les ports de destination. Alors qu’à l’import, ils sont déterminés au départ. Nous n’avons donc aucune visibilité sur notre propre négoce. Donc les multinationales qui ont accès à des financements importants et qui ont, durant ces dernières années de chaos, créé leurs propres pipe line pour aller acheter le produit jusqu’au bord champs, n’ont pas très envie de voir l’Etat s’interposer entre eux et le paysan pour faire respecter des règles transparentes et équitables. Aujourd’hui, il y a beaucoup de produits qui sortent sans contrôle, aussi bien au nord, par le Burkina et Lomé, qu’au sud, par les deux ports principaux. Et comme la taxe DUS (droit unique de sortie) est basée sur le poids exporté, ces multinationales préfèrent continuer à décider, elles-mêmes quel poids elles veulent bien déclarer et donc combien elles consentent à reverser au Trésor ivoirien à travers leurs transitaires, à savoir principalement Bolloré et Billon. De plus, elles définissent le type de qualité de produit qu’elles sont censées embarquer. Ceci dit, elles peuvent toujours résister, mais si l’Etat veut vraiment réguler et percevoir tout ce qui lui est réellement dû, elles seront bien obligées de se conformer. L’Etat peut et doit définir les limitations à l’acheteur, qui, de mon point de vue, s’arrêtent au port. Depuis le champ du planteur jusqu’au port, c’est l’Etat qui fixe les règles du jeu et qui exige une parfaite visibilité sur tout ce qui s’opère. C’est la condition nécessaire pour créer la confiance.

LA : Qui sont ces multinationales ?

AS : Six entreprises, Mars, Nestlé, Hershey, Kraft Foods, Cadbury et Ferrero, contrôlent près de 60% du marché mondial du chocolat. Pour assurer la régularité de leurs approvisionnements et maîtriser leurs achats de cacao, ces multinationales s’appuient sur les broyeurs qui sont maintenant présents dans les pays producteurs, et en Côte d’Ivoire en particulier. Les broyeurs, c’est essentiellement un oligopole de quatre grandes sociétés, Cargill, ADM, Barry Callebaut, Cemoi/Cantalou, qui traitent 50% du cacao chaque année dans le monde, dont près de 60% du cacao de Côte d’Ivoire …

Ils se sont installés eux-mêmes dans les zones de production et ils approvisionnent directement les chocolatiers. En quelques années, nous sommes donc passés d’un marché de fèves, autrefois géré par des négociants qui assuraient l’intermédiation, à un marché dominé par les acheteurs , c’est-à-dire des multinationales intégrées qui achètent bord champs. Résultat, les paysans sont livrés pieds et poings liés aux oligopoles. On assiste à une paupérisation des zones rurales, et particulièrement des zones de production. Et l’Etat, lui, ne contrôle plus rien et se trouve en incapacité de développer les régions productrices (routes, santé, écoles, etc). Il a même délégué les opérations de prélèvement des taxes aux transitaires, qui reversent ensuite au Trésor. A ce stade, autant leur donner le Ministère des finances et les plantations !

LA : A l’inverse, sur quels soutiens le nouveau pouvoir peut-il compter pour rétablir un équilibre ?

AS : Sur les planteurs, premières victimes de la dérégulation, et sur tous les acteurs ivoiriens de la chaîne de valeur à construire, car aujourd’hui il n’y a plus d’Ivoiriens dans la filière.

LA : Cette situation concerne-t-elle que le café-cacao ?

AS : Non, c’est le même problème pour la noix de cajou, l’huile de palme, le coton, l’hévéa, aussi bien que pour le pétrole !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR DOMINIQUE FLAUX

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